L’étudiant et la distributrice, une analyse comparative

[Originellement publié sur Ricochet le 20 Juillet 2015]

Tentons un instant de nous rappeler sans frémir l’occupation du pavillon De Sève de l’Université du Québec à Montréal qui s’est déroulée le 9 avril dernier, principalement relatée par nos médias sous la forme d’images de distributrices saccagées.

Malgré les opinions souvent confuses et quelquefois contradictoires de la gauche sur la question dite « de la violence », ces images de vandalisme au sein de nos institutions d’enseignement violèrent nos notions naturelles de proportion, de symétrie et de salubrité, et savent encore heureusement produire en nous un sentiment instinctif d’horreur. Notre manque comparatif d’empathie envers des étudiant-e-s minimalement tout aussi reprimé-e-s que ne le furent chaises, fenêtres et distributrices, par contre, et ce même avant l’acte barbare, sembla plus difficilement expliquable et n’a toujours pas été proprement élucidé.

Mon objectif est de rendre pleinement intelligible cette empathie différentiée par une brève analyse comparative des avantages et des inconvénients de la distributrice et de l’étudiant qui démontrera hors de tout doute que nos intuitions en cette affaire sont bel et bien conformes à la justice.

La distributrice est fiable

Pas de mauvaises surprises avec une distributrice. Pour un prix établi rigoureusement par les lois du marché et clairement indiqué sur une surface de surcroit lumineuse, on se procurera sans faille un bien qui correspondra exactement à notre intention initiale, du moins si ce n’est pas la première fois que nous utilisons une distributrice et que nous ne sommes pas ignorants des trésors qu’elle recèle. Certes des problèmes techniques peuvent se produire à l’occasion, personne n’est parfait, mais même sur ce point la distributrice se compare avantageusement à bien d’autres technologies qui devraient pourtant être fiables; pensons seulement aux escaliers mécaniques.

L’étudiant est chaotique

C’est bien connu, on ne peut jamais prédire ce qu’un étudiant fera. De minute en minute, il peut étudier paisiblement, se promener masqué en hurlant des slogans, chatter avec une amie sur son iPhone en sirotant une sangria sur une terrasse, détruire des objets sans raison. Les scientifiques ne s’entendent aucunement sur ce qui explique l’extrême volatilité de son comportement, certains optant pour des causes physiologiques (manque de lumière naturelle, débalancement des humeurs affectant la glande pinéale, irritation due à une hygiène discutable) alors que d’autres privilégient les facteurs sociaux (musique punk, Grand Theft Auto V, absence d’une saine autorité paternelle, manque d’appréciation de la société envers le travail policier, dérives du féminisme). Comme si cela n’était pas assez regrettable, son caractère continue de se modifier au gré des évènements, et l’étudiant que l’on a presque appris à connaitre hier pourrait fort bien s’avérer différent le lendemain. Comment penser pouvoir transiger dans la durée avec des êtres d’une telle volatilité? Dieu merci, cette condition semble usuellement se résorber peu après l’entrée dans la vie productive, mais d’ici là, si on souhaite à tout prix vivre dangereusement, on préfèrera de loin la proximité d’un porc-épic épileptique.

La distributrice produit de la valeur

Tentez un instant d’imaginer un monde sans distributrice. Toute personne souhaitant se procurer, par exemple, un breuvage gazéifié et sucré se trouverait minimalement dans l’obligation de se déplacer vers un lieu de commerce afin de combler ce besoin pressant, ce qui pourrait aussi impliquer d’autres désagréments comme s’habiller et sortir à l’extérieur (même l’hiver!). Dans le pire des scénarios, cette personne pourrait même se voire forcée de gazéifier l’eau par elle-même avant d’y ajouter un sirop sucré maison à base d’ingrédients spécifiquement calibrés pour en maximiser le goût. Comme si nous avions tous étudié la chimie des boissons! Soyons sérieux! La civilisation, jugeant bienveillamment qu’épancher une soif impérative d’eau gazéifiée et sucrée ne peut se faire à tel prix, fit en sorte que nous puissions rencontrer au hasard de nos périples ces oasis artificiels où, à un prix fort raisonnable et sans aucun effort, nous pouvons combler ce besoin fondamental. Ceci est indiscutablement juste, bon et nécessaire, et quiconque se dresse irrationnellement face à un arrangement si profitable mérite sans aucun doute l’électrocution.

L’étudiant est un fardeau

Ne payant pas de taxes et d’impôts, ou si peu, l’étudiant est un parasite vivant au dépend de parents et d’une société qu’en général il méprise. Il n’est pas impossible d’envisager la possibilité qu’il repaie éventuellement en partie cette dette, mais l’étudiant fait souvent tout ce qui est en son pouvoir pour éviter cette possibilité, par exemple en étudiant des choses inutiles ou en gaspillant son temps dans des activités improductives comme réfléchir, « vedger » dans un parc avec des ami-e-s, s’amuser outre le minimum requis pour pouvoir mieux travailler après, ou contester un « système » qui, quoiqu’on en dise, a quand même tenu le coup jusqu’à maintenant. S’il lui venait l’idée de consommer, ce sera probablement de la drogue, qui ne rapporte aucune taxe à l’État et augmente à terme le fardeau fiscal du système de santé. De surcroit, qu’a-il réalisé pour mériter de consommer ainsi? Dans ces conditions, l’étudiant devrait nous remercier de tolérer son existence.

La distributrice exige peu

Tel Bouddha sous son arbre, la distributrice trône dans l’espace qui lui est réservé, sans désir aucun, bien qu’on puisse métaphoriquement lui attribuer une volonté absolue de combler les besoins de ses utilisateurs potentiels. Elle n’impose à son environnement immédiat que le léger ronronnement de son climatiseur et une consommation de plus en plus raisonnable d’électricité, résultante d’avancées technologiques majeures. Quand vient l’heure de son trépas, elle est, pour l’essentiel, recyclable. Si elle n’est pas effectivement recyclée, on ne va quand même pas mettre ça sur son dos!

L’étudiant demande tout et n’importe quoi

Constitutivement insatisfait et insatisfaisable, l’étudiant qui s’exprime ne peut qu’émettre, généralement en hurlant, un ensemble éparse de revendications contradictoires, quand elles ne sont pas totalement inintelligibles. Dans un espace public où il s’exprime de manière totalement disproportionnée à son statut, sans aucune considération pour les autres groupes qui auraient au moins autant le droit de se plaindre s’il y avait réellement de quoi se plaindre, sans même laisser le moindre hiatus où pourrait s’immiscer la quiétude pourtant si apaisante de l’aptement nommée « majorité silencieuse », qui ont après tout eux aussi le droit de s’exprimer, même silencieusement, l’étudiant passe sans respirer d’exigences simples mais corporatistes à des demandes loufoques d’utopisme exigées au nom d’un « nous » dont ils ne sont, doit-on le rappeler, qu’une partie insignifiante. Et si contre toute attente rationnelle nous faisions néanmoins l’effort de les comprendre, que nous dirons-t’ils ensuite? « Fuck toute. » Répondez honnêtement: avez-vous déjà vu une distributrice faire preuve d’une telle impertinence?

De grâce, réfléchissez à ces choses la prochaine fois que l’on verse des larmes sur le sort des jeunes ou qu’on s’indigne contre l’adoption d’une saine règlementation visant à baliser leur comportement. De telles opinions, aussi bien intentionnées soient-elles, sont radicalement aliénées de la sagesse populaire : avant de chercher à s’exprimer, la jeunesse, arriviste par définition, devrait prendre le temps de comprendre comment les choses fonctionnent, de préférence par l’intermédiaire d’un stage en entreprise. Elle devrait surtout foutre un peu patience à ceux et à celles qui ont tant donné pour faire du Québec un endroit si juste et si prospère.

L’étudiant et la distributrice, une analyse comparative

Fuck la violence, mais encore…

[Originellement publié sur Ricochet le 17 Avril 2015]

Lettre ouverte en réponse à « « Fuck toute », mais encore… », Rima Elkouri, La Presse, 16 avril 2015

J’aimerais préfacer ma réponse à ton texte, Rima, en te rappelant ce que tu sais déjà : le respect infini que j’ai pour ton travail de journaliste, et le respect presque infini que j’ai pour ton travail de chroniqueuse. La différence entre les deux n’est pas vraiment une affaire personnelle: je considère simplement la première tâche plus noble, plus ardue, plus utile que la seconde, et d’une manière ou d’une autre préalable à celle-ci. Je t’ai d’ailleurs découvert dans une série de chroniques qui portaient sur la question du logement, chroniques particulièrement bien informées, car elles s’appuyaient sur ton propre travail préalable de journaliste sur cette question.

Tu comprends maintenant, Rima, que cette préface ne sert pas uniquement à vanter tes talents indéniables, mais à gesticuler vers ce qui me trouble, au fond, dans l’article que tu as publié hier, et qui pour moi n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais malheureusement un des pires, de ce qu’on pourrait appeler le «syndrome du chroniqueur»: la presque nécessité professionnelle d’écrire sur des sujets ou des milieux au sujet desquels on est peut-être plus informé ou on a peut-être plus réfléchi que la majorité des Québécois et Québécoises (ce n’est souvent pas dur à battre), mais au sujet desquels on n’est peut-être pas assez informé ou on n’a peut-être pas assez réfléchi malgré tout.

Si tu veux bien tolérer ce même vice chez moi quelques instants, je ne crois pas que tu aies écrit l’article parce que tu manquais de sujets à traiter. Je me trompe peut-être, mais je crois que tu l’as écrit parce que tes collègues se sont fait brasser à l’UQÀM la veille, et que ça te dérange beaucoup, ce que je comprends entièrement. Tu crois à la liberté de presse, à la neutralité journalistique comme idéal sinon comme réalité, ces gens sont possiblement tes amis, etc. La première (et dernière) fois que nous nous sommes rencontrés, d’ailleurs, en 2012, nous en discutions en face du Palais de justice de Montréal alors que des gens masqués tentaient d’empêcher tes collègues de filmer d’autres militant-e-s qui prenaient la parole en solidarité avec des arrêté-e-s politiques de la grève. Tu étais fâchée de ça à l’époque, je ne vois pas pourquoi tu ne le serais pas aujourd’hui. Alors tu prends la plume pour parler comme tu te sens le devoir de le faire au sujet de la violence regrettable d’une frange du mouvement étudiant, et selon moi, malgré tes intentions les plus nobles, tu frappes un certain nombre d’écueils importants que je me dois de souligner:

  1. Tu écris: «Pour le pouvoir, cette violence est une bénédiction, qui le conforte dans sa position et justifie la répression. La non-violence serait autrement plus embêtante.» Mais pour croire que la non-violence serait «embêtante», on doit croire qu’en se laissant (bêtement ou pas) réprimer, on pourrait bénéficier de la sympathie du reste de la population ou d’un élan spontané de conscience de nos dirigeant-e-s. Les étudiant-e-s, même avant la «violence», ne croyaient pas cela possible. Peut-être à tort, j’en conviens, mais tu ne viendras pas me dire, Rima, qu’ils et elles manquaient de raisons de croire cela. Dans ces circonstances, sentant que la société ne les défendra pas, ils et elles se défendent. Que cette défense puisse être maladroite est, tu le conviendras, plus que normal. On parle quand même d’étudiant-e=s, pas d’une guérilla urbaine professionnelle, quoique puissent laisser entendre certains médias de masse.
  2. «Comment aurait-on pu éviter d’en arriver là? Le fait d’encadrer le droit de grève aurait-il pu prévenir les débordements? Y a-t-il eu une dérive autoritaire qui, sans excuser le saccage, permet d’en comprendre la genèse? On pourrait en discuter longtemps.» Mais tu n’en discutes pas du tout, et ces questions font partie des questions fondamentales, celles qui, comme tu le suggères toi-même, expliquent tout le reste. Si un locataire utilise une chaufferette portative illégale et sacre le feu à son immeuble, Rima, tu ne viendras pas me dire que le fait que son propriétaire ne chauffait pas le bloc est impertinent? Si tu ne veux pas, je te paraphrase, conforter le pouvoir dans sa position et justifier sa répression, tu ne peux pas faire l’économie des causes pour ne t’attarder qu’aux symptômes.
  3. L’amalgame entre anarchisme et violence dont ton texte est saturé est franchement dégoûtant. Tu sais pertinemment que tous les anarchistes ne sont pas violents, et tu devrais aussi savoir, ce qui ne semble pas être le cas ici, que tous les violents ne sont pas anarchistes. Par ailleurs, il ne suffit pas de se masquer pour être anarchiste, ou de s’autoproclamer anarchiste pour l’être, et c’est justement à cause du genre d’amalgame que tu opères que des violent-e-s se diront anarchistes sans trop comprendre ce que cela veut dire pour se donner un vernis de justification idéologique. Il existe néanmoins, c’est vrai, des anarchistes dignes de ce nom qui, après réflexion, en sont arrivés à la conclusion qu’une certaine violence, surtout symbolique, peut quelquefois faire partie de la solution et qui sont passés à l’acte sur la base de cette conviction. Je ne sais pas combien tu en connais. Je crois en connaître plus que toi, et je n’en connais vraiment pas beaucoup.
  4. Tu dis que la «piètre stratégie anarchiste» est imposée par les militants aux autres étudiants. Je te suggère qu’elle est plutôt imposée par les circonstances: si les étudiant-e-s veulent faire lever leurs cours, à la suite d’un vote démocratique à cet effet, alors que l’université ne leur reconnaît pas ce droit, ils et elles doivent forcer leurs professeur-e-s à lever les cours au sens de leur convention collective. Les professeur-e-s doivent donner leur cours sauf s’ils et elles constatent que les conditions académiques minimales ne sont pas présentes. Avant que l’UQÀM ne leur demande formellement de ne pas se préoccuper de ça, ça pouvait vouloir dire ne pas avoir assez d’étudiant-e-s pour enseigner, depuis ça revient finalement à dire qu’ils et elles doivent se sentir en danger. Les étudiant-e-s, pour faire lever leurs cours, doivent donc, ce n’est pas du tout optionnel, donner l’impression à leurs professeur-e-s que leur sécurité est en danger. Si les étudiant-e-s qui font ceci sont menacés de diverses sanctions administratives et pénales, ils et elles doivent dissimuler leur identité s’ils et elles ne veulent pas (bêtement ou pas) subir la répression. C’est ce qu’il faudrait expliquer aux gens pour que les gens comprennent ce qui se passe à l’UQÀM, mais expliquer n’intéresse pas grand monde, réf. point 2.
  5. Dans ce contexte répressif, Rima, malgré ton attachement compréhensible à la liberté journalistique de tout filmer ce qui relève de l’intérêt public, tu peux peut-être quand même un peu comprendre que les étudiant-e-s ne sont pas particulièrement friands de caméras? Parce qu’il faudrait quand même expliquer à un moment donné que ce sont bel et bien les caméras qui dérangent, pas tant les journalistes, bien que je te concède qu’il y ait des exceptions: à ce sujet, sais-tu que certains de tes collègues d’une certaine agence de presse que je ne nommerai pas ont été aperçus de façon indépendante par plusieurs camarades en train de collaborer avec le SPVM en leur montrant des photos de militant-e-s durant les manifestations? Par ailleurs, tant qu’à se poser des questions, peut-être faudrait-il un jour se demander si c’est vraiment l’ «intérêt public» qui est servi par ces images sensationnelles que tes collègues recherchent à tout prix, et peut-être faudrait-il un jour se demander pourquoi, lorsque tes collègues sont victimes d’une violence au moins aussi réelle de la part du SPVM, ça ne fait pas le même genre de grosses nouvelles.
  6. «Il faudrait trouver mieux.» Soit, Rima, mais comme à peu près tout le monde, et je m’inclus là-dedans, tu n’aides pas beaucoup. Tu suggères l’alternative évidente à la continuation du conflit, sa fin, aussi temporaire soit-elle. Est-ce «mieux», comme le pensait effectivement l’exécutif de l’ASSÉ? Peut-être, je n’en sais rien, mais tu conviendras qu’ils et elles y ont déjà pensé et ont même longuement (c’est un euphémisme) débattu cette question dans les assemblées générales et en congrès, alors pour ce qui est de « trouver » quelque chose, on repassera.
  7. Les «radicaux masqués» (qui ne sont ici peut-être pas anarchistes, c’est déjà ça de gagné) auraient pris les commandes du mouvement? Je croyais bêtement que c’était les assemblées générales et les gens qu’elles délèguent qui avaient le contrôle du mouvement, mais si tu as de l’information privilégiée, Rima, je suis tout ouïe.
  8. «On a vu durant le printemps 2012 les problèmes que cela [«la diversité des tactiques», «l’usage ponctuel d’actes violents»] engendrait pour la crédibilité du mouvement étudiant.» Moi, Rima, je n’ai pas vu ça. J’ai vu des gens qui se sont défendus (si peu!), j’ai vu une répression policière, médiatique et législative qui s’est diversifiée et intensifiée, j’ai vu des gens qui même mal informés en sont venus à la conclusion que ça n’avait pas d’allure et qui sont descendus dans les rues avec des casseroles, et j’ai vu un gouvernement tomber. Avec des résultats prédictiblement lamentables (d’un point de vue anarchiste) certes, et je sais que beaucoup se sont affairés depuis à minimiser le rôle de la grève de 2012 dans la chute du gouvernement Charest jusqu’à dire que cette chute s’est faite malgré leur grève, mais j’espère encore pouvoir présumer, Rima, que tu ne fumes pas de ce crack.
  9. «Quand un mouvement majoritairement non violent est appuyé par des militants anarchistes utilisant la violence et la confrontation comme moyens de lutte, cela ne peut que lui nuire, même si ces militants restent minoritaires.» Voici le genre de phrase qu’on devrait, contrairement à l’usage usuel, préfacer par «Je pense que». En tout cas j’espère que tu crois que l’on devrait comprendre cette phrase comme un énoncé purement idéologique, Rima, parce que comme énoncé empirique portant sur la longue histoire des mouvements sociaux, c’est totalement discutable et passablement discuté au sein d’une littérature riche et complexe à laquelle je peux te référer si tu le souhaites. D’ici là, s’il te plaît, assumons que la réponse à la question «Comment opère concrètement la dialectique entre violence et non-violence dans les mouvements de résistance populaire qui ont historiquement fonctionné?» risque de se trouver du côté compliqué de la Force.
  10. Tu poses la question très pertinente suivante: «Car de qui parlera-t-on au lendemain de la manifestation? Des 1000 manifestants pacifiques ou des 10 anarchistes qui ont cassé des vitres de banques?» La réponse est fort simple, Rima: si des vitres ont été cassées, on parlera certainement de ça et peut-être aussi des mille manifestants pacifiques; si aucune vitre n’est cassée, tu sais aussi bien que moi que personne ou presque ne parlera des mille manifestants pacifiques. On n’a même plus la garantie qu’on parlera de ces mille manifestants pacifiques s’ils et elles se font arrêter, probablement de façon violente et inconstitutionnelle, par la police, ce qui dans toute démocratie qui se respecte devrait être un scandale. La lugubre réalité est que la majorité des journalistes présent-e-s lors de manifestations ne sont là que pour la casse. Ça ne la justifie peut-être pas, on peut en discuter, mais peut-être que ça l’explique un peu.
  11. Pour conclure l’analyse du détail, Rima, par respect pour l’ensemble de ton œuvre et pour ma santé mentale, tu me permettras de simplement ignorer ton traitement des objectifs et de la psychologie des «militants anarchistes» qui reprend dans une version légèrement plus polie l’essentiel des absurdités que l’on entend à leur sujet dans les radios-poubelles, en particulier l’idée totalement obscène qu’ils et elles chercheraient, au fond, une répression qui «les galvanise davantage et leur donne une raison d’être». J’ai peut-être tort, Rima, mais je vais continuer à croire encore un peu que tu es meilleure que ça.

Pour conclure, Rima, j’essaie dans ma vie d’être le moins prescriptif possible afin d’être conforme à une idéologie que tu connais au moins de nom et que je juge approximativement correcte, mais puisque tu te permets de donner des conseils aux étudiant-e-s, tu me permettras peut-être de t’en donner un à mon tour: peut-être devrais-tu un peu redevenir journaliste. Si tu as une caméra, laisse-la chez toi (conseil d’ami) et prends le temps d’aller jaser avec ceux et celles au sujet desquels tu pontifies aujourd’hui. Demande-leur ce qui leur est arrivé. Demande-leur ce qu’ils pensaient au début, ce qu’elles pensent maintenant.

Demande-leur pourquoi ils et elles font ce qu’ils et elles font, et écoute, l’esprit minimalement entrouvert, ce dont je te sais éminemment capable. Tu pourrais être surprise. (Et peut-être que certains et certaines de tes collègues journalistes qui n’ont pas cette habitude pourraient essayer ça aussi?)

Fuck la violence, mais encore…