AUJOURD’HUI ET L’ITINÉRAIRE

AUJOURD’HUI ET L’ITINÉRAIRE

Hey, faut qu’on se parle.
À propos de l’itinéraire, encore.
(Si ça ne vous intéresse pas, attendez, c’est un peu un prétexte.)

Comme vous le savez probablement déjà, il a été remis aux services de police de Montréal et de Québec.
Bien entendu, ça gosse.

Pour une première raison très prévisible, tellement que si vous la trouvez familière en commençant à la lire vous pouvez presque certainement sauter tout de suite au prochain paragraphe, c’est à ce point-là qu’Anarchopanda radote: les règlements anti-manifestations sont iniques, nous devons leur désobéir, et tant que ces règlements sont en fonction, ne pas soumettre l’itinéraire est un important geste de résistance. C’est aussi un geste de solidarité envers les participant-es des manifestations moins bon enfant (COBP, 1er Mai anticapitaliste, etc.) qui se sont fait-es arrêter et maltraiter à répétition pour, Anarchopanda vous le déclare solennellement, sweet fuck all. Une manière de dire que si ce monde-là c’est des esties de crotté-es réprimables, bien nous aussi.

Mais, vous savez quoi, c’est même pas la chose qui gosse principalement Anarchopanda quant au fait que le trajet a été remis pour aujourd’hui. Quel est le problème?

Commençons par nous entendre sur quelque chose: ce gouvernement-là, qu’on soit cinquante ou huit cent mille dans les rues aujourd’hui, il s’en contre-câlisse. On pourrait le refaire douze samedis de suite qu’il s’en dodécâlisserait, okay?

Puisque personne à jeun et presque personne sous influence ne manifesterait aujourd’hui pour « faire plier le gouvernement », Anarchopanda présume que ce n’est pas pour ça que vous manifestez, mais probablement pour vous convaincre mutuellement que vous êtes une estie de grosse gang en estie. Qu’y’a quelque chose qui est sur le point d’allumer. Que c’est peut-être quelque chose comme le tiers du début d’une vraie lutte.

Parce que c’est bien d’une lutte qu’on parle, si c’est gagner qui vous intéresse. Parce ce gouvernement-là, qui s’hécato-câlisse de ce que vous pensez, si on veut le faire changer d’idée, on a beau être aussi pacifiste qu’un moine jaïn, reste qu’il va falloir leur rendre la vie désagréable et probablement leur donner la chienne, ne serait-ce qu’un petit brin.

L’affaire c’est que s’avance comme fer de lance de toute cette belle lutte-là un certain mouvement syndical de votre accointance, qui débarque avec sa grosse machine, ses billions d’autobus, son gros crisse de système de son, son stage avec, je sais pas, j’aurais dis Loco Locass mais post-piste cyclable on est plus sur de rien, et qui te dis que cette fois, c’est sérieux, que cette fois-ci, on sait que c’est dur à croire, mais qu’ils sont prêts à se battre pour de vrai, qu’ils ont fait de la lutte à l’austérité une vraie priorité. Qui te demande de te ranger derrière ses leaders en arrière de sa bannière de tête et d’avancer.

Anarchopanda ne pense pas, ne pense honnêtement pas, que le mouvement syndical n’est qu’une gang de sales corpos sur le point d’instrumentaliser une lutte contre l’austérité afin de se donner du leverage pour leur négo, bien qu’il comprendrait que vous le pensiez. Il pense honnêtement que ces gens-là veulent aider le monde, et qu’ils et elles y croient pour vrai. Mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite que pour gagner, il ne suffit pas d’y croire.

Si donc c’est pour être une vraie lutte (et si on veut gagner, c’est pour être une vraie lutte), et si on veut la gagner, cette vraie lutte, Anarchopanda est prêt à mettre sa main au feu que vous savez autant que lui qu’à court ou moyen terme, il faudra désobéir. À des injonctions, à des lois spéciales, et peut-être à des lois pas spéciales aussi. Vous savez autant que lui qu’à un moment donné à quelque part, on va avoir deux choix: désobéir ou choker.

Et c’est exactement là qu’il est, le malaise d’Anarchopanda avec l’itinéraire d’aujourd’hui.

Comment peut-on raisonnablement croire qu’un mouvement syndical qui n’est pas foutu de désobéir au plus insignifiant des règlements municipaux, alors que tout le monde qui sait quelque chose sait qu’il ne sera jamais appliqué passé une certaine masse critique de manifestant-es, que tout le monde sait que cette masse critique sera largement dépassée aujourd’hui, et que tout le monde sait que la police réprime chichement ces jours-ci à cause de son opposition au projet de loi 3, alors que, somme toute, c’est comme si Dieu avait aligné les étoiles pour qu’elles épèlent « TU PEUX DÉSOBÉIR AUJOURD’HUI, FRONT COMMUN, ÇA CÂLISSE RIEN » dans le firmament… le mouvement syndical, donc, qui ne daigne pas désobéir à un règlement municipal à coût nul aujourd’hui va désobéir dans quelques mois à des vraies grosses lois quand ça va faire vraiment mal?

Vraisemblablement il n’est pas nécessaire d’être religieux pour croire aux miracles.

Alors, mes ami-es, le gant est lancé. Après la manifestation d’aujourd’hui, commençons à organiser la désobéissance et progressivement à l’exercer, ou rentrons à la maison et jardinons. Le reste ne servirait qu’à nous donner une bonne conscience que nous ne mériterions aucunement, n’ayant pas été aptes à mettre en oeuvre le minimum nécessaire afin de préserver le peu de solidarité sociale que conservent encore nos institutions publiques en attendant d’élaborer autre chose, ayant abandonné les gens qui en ont besoin en pâture au capital.

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